Le Fonds mexicain
des manuscrits orientaux de la Bibliothèque nationale de France compte
plusieurs dictionnaires nahuatl. Le N° 361 est le plus important en taille,
avec près de 900 pages. Il fait partie des documents qui ont été donnés par
Eugène Goupil à la Bibliothèque nationale et appartenait donc à la collection
constituée par Aubin lors de son séjour au Mexique.
Cet important document
a été paléographié parce qu’initialement on espérait y trouver des nouveautés
lexicales. Dès le début il est cependant devenu clair qu’il s’agissait avant
tout d’un travail de compilation fait à partir du dictionnaire de Molina,
mais certains indices nous laissaient croire que les auteurs du dictionnaire
avaient ajouté des mots
[2]
.
Las ! En fait,
une fois le travail terminé, il est possible de dire que le contenu du Bnf_361
est strictement identique à celui de la première partie du dictionnaire de
Molina
[3]
, c’est à dire la partie espagnol-nahuatl.
Le contenu est
identique, mais la présentation est totalement différente, puisque les auteurs
ont choisi de transformer le dictionnaire espagnol-nahuatl en un dictionnaire
nahuatl-espagnol.
La partie
espagnol-nahuatl de Molina comporte 17441 entrées du type :
Espagnol_1 :
Nahuatl_1, Nahuatl_2, Nahuatl_3…..
Les auteurs du
Bnf_361 l’ont transformé en :
Nahuatl_1 :
Espagnol_1
Nahuatl_2 :
Espagnol_1
Nahuatl_3 :
Espagnol_1
……
Après
inversion les auteurs du
Bnf_361 ont du obtenir un peu plus de 36000 entrées, mais ils ont choisi de
réunir celles qui sont identiques ce qui a réduit le nombre total de ses
entrées à : 29.000.
Bien
qu’il ne soit pas possible d’en apporter la preuve, il paraît probable le
travail d’inversion du dictionnaire et sa copie aient été faits en deux étapes.
Une première a, sans doute, été réalisée à l’aide de fiches, qui ont été classées
par ordre alphabétique et dont le contenu a été ensuite recopié sur le document
que nous connaissons. Ce dernier état présente plusieurs écritures on peut
donc avancer que la deuxième étape a été réalisée par plusieurs personnes
[4]
. Quant à la première il n’est pas possible de savoir si
c’est l’œuvre seulement de celui qui a eu l’idée de ce dictionnaire nahuatl-espagnol
ou bien si plusieurs mains ont été mises à contribution. C’est la raison pour
laquelle tous ceux qui ont participé à cet ouvrage sont désignés par l’expression
« les auteurs ».
Les auteurs du Bnf_361 ont utilisé la version
espagnol-nahuatl de 1571 et non pas celle de 1555
[5]
comme le montrent certains indices. Ainsi traduisent-ils
le mot Puxcauhqui. : Orimento. (
Quando no ay nada o quando falta todo. ynatley. yn aoctle. y_niquac atley
Quanto mas. queno_que. quenocye
Que cosa? tleyn?
Que; Conjunction. ca
Que; Aduerbio de comparatiuo. quenin occenca. quenin ocualca. yeic
Que, para dar causa. ca. yehica
Que aprouecha esto? tleçannnen?
Quebrar o quebrantar como ollas, vasos, tablas o piedras. nitla, tlapana.
nitla, teinia
alors que dans celle de 1555 ne figurent que :
Que cosa? tlein?
Que; Conjunction. ca
Que; Aduerbio de comparatiuo. quenin occenca. quenin ocualca. yeic
Que, para dar causa. ca. yehica
Quebrar o quebrantar como ollas, vasos, tablas o piedras. nitla, tlapana. nitla,
teinia
Les mots nahuatl, correspondant aux entrées soulignées, apparaissent bien dans
le Bnf_361.
Le Bnf_361
représente un chaînon manquant dans la chaîne qui unit Molina à Rémi Siméon.
Cependant rien n’indique que ce dernier ait eu connaissance de ce manuscrit.
Le dictionnaire
comporte une couverture en parchemin avec une étiquette :
Manuscrit
Un volume in-folio
relié en parchemin
862 pages
Dictionnaire nahuatl-espagnol
N° 361
Les pages
mesurent 31 X 21,2, elles sont numérotées au crayon en haut à gauche pour les
rectos et en haut à droite pour les versos.
Des blancs peuvent
parfois exceptionnellement apparaître au milieu d'une colonne
[6]
. Des feuilles blanches peuvent être intercalées
[7]
.
Les colonnes ont
été préparées soit par de simples traits marqués dans l'épaisseur du papier,
comme des rayures
[8]
soit tracées au crayon
[9]
.
Le dictionnaire
proprement dit prend fin à la page 860, avec l’entrée « Zumalli :
coraje ». Suivent alors 118 folios soit 236 pages blanches, toutes préparées
en deux colonnes, avec un petit espace au milieu, tout comme le reste du document.
Comme si la copie d’un autre document avait été prévue
[10]
.
Dans les pages
finales, qui sont sans écriture, on peut clairement distinguer les filigranes
[11]
. Ils sont de deux sortes : soit un cavalier, une pique
à la main montant un cheval, soit un bovin reconnaissable à ses cornes. María
Cristina Sánchez Bueno de Bonfil écrit :
"El rejoneador y el toro muestran la alegría y la libertad con
que se escogían los diseños al final del siglo XVIII. Al usarse el pliego
de 32 X 44 se doblaba a la mitad, quedando el toro en un folio y el picador
o matador en el otro. Las fechas de estas marcas son de 1778-1794."
[12]
Dans le corps du
dictionnaire d'autres filigranes sont visibles mais ils n'ont pu être
identifiés. Cependant la structure du papier, visible par transparence, est
identique d'un bout à l'autre du dictionnaire ce qui permet de proposer comme
date de réalisation la fin du XVIII° siècle vers 1780.
Le projet des
auteurs du Bnf_361 est simple : transformer le dictionnaire de Molina espagnol-nahuatl en un dictionnaire
nahuatl-espagnol. Le principe est élémentaire, il consiste à transformer :
A = x, y, z
en
x = A
y = A
z = A
Pour la mise en
oeuvre de ce principe ils se sont trouvés confrontés avec quelques décisions
importantes pour le résultat final : le traitement des préfixes verbaux et
nominaux ; l'ordre alphabétique et le choix des graphies
Les auteurs du Bnf_361 ont trouvé chez
Molina 1 des entrées de ce type pour les verbes :
Há[m]bre auer o tener hambre de qualquier
cosa. nic, mayana. nic, amiqui. nicteociui
On note que les préfixes sujets et objets
sont placés avant le verbe, séparés du radical verbal par une virgule ou bien
parfois accolés.
Dans plus de 90% des cas les auteurs du Bnf_361
ont adopté une solution du type : radical verbal suivi d’une virgule
puis des préfixes. Ils adoptent la même solution qu’avait retenue Molina dans
la partie nahuatl-espagnol de son dictionnaire
[13]
.
Cependant dans un certain nombre de cas,
et sans qu'il soit possible de comprendre ce qui a pu motiver une telle
décision, les préfixes sont laissés en début de mot, en les collant au radical
verbal.
Ainsi tandis que Molina écrit : ni,
mayana, le Bnf_361 écrit lui nimayana ; ou bien niteizauia,
alors que Molina a écrit nite, yçauia.
Dans son
dictionnaire Molina a introduit certaines traductions de l’espagnol à la forme
possédée. A une forme non-possédée en espagnol correspond donc une forme
possédée en nahuatl. Il en va ainsi, en particulier, des parties du corps
humain. Ainsi Molina introduit le mot « cabeça » sous la forme : itzontecon.
Les auteurs du Bnf_361 ont conservé cet usage et n’ont introduit les mots à la
forme absolue que lorsque Molina l’avait lui-même fait. Ainsi dans ce dernier
cas trouve-t-on aussi l’entrée tzontecomatl : Cabeza cortada.
Dans la majeure
partie des cas l’entrée nahuatl ne comporte qu’un seul mot. Cela ne posait donc
pas de difficulté particulière pour les ordonner, à partir du moment où, pour
les verbes, les préfixes étaient rejetés après le radical verbal. Cependant
dans un certain nombre de cas les auteurs du Bnf_361 ont du traiter des phrases
complexes. Dans ce cas on peut observer plusieurs attitudes.
Parfois les
auteurs du Bnf_361 choisissent de ne faire figurer que le premier mot, le
verbe, tout en gardant la traduction entière en espagnol.
|
Bnf_361 |
Nictetlazocamaca. |
Tasadamente y con gran miseria y escaces dar algo al huerfano ô al criado. |
338 B |
|
|
|
|
|
|
Molina |
nictetlaço-camaca ynneuhcayotl incochcayotl |
tasadamente y con gran miseria y escaseza dar algo al huerfano o alcriado. |
112r |
Parfois ils le
font d’une manière qui n’a aucun sens :
|
Bnf_361 |
ontzontli. |
Milla. |
376 B |
|
Molina |
ontzontli ypam matlacpoualli neicxianaliz_tli |
milla. |
85r |
Parfois ils
découpent la phrase et introduisent des entrées multiples
|
Bnf_361 |
Quallachiualiztli. |
Acompañar con buenas obras la fé |
412 B |
|
Bnf_361 |
Nictoctia notlaneltoquiliz |
Acompañar con buenas obras la fee |
339 B |
|
Molina |
quallachiua_liztli nictoctia yn notlaneltoquiliz |
acompañar con buenas obras la fee. |
3v |
|
Bnf_361 |
Nimitznomachitia, atiuitztzo, atauayo ypan
nimitznomachtia |
Encomendar su necesidad al mayor |
|
|
Bnf_361 |
Nictlatlacaauiloa_ymmoyollo[tzin] |
Encomendar su necesidad al mayor |
336 B |
|
Molina |
nictlatlacaauiloa ymmoyollotzin ac nimitznomachitia,
atiuitztzo, atauayo ypan ni-mitznomachitia |
Encomendar su necesidad al mayor, Per metaphoram; dizen |
52v |
Ce qui ressort de
ces traitements c’est qu’ils ne modifient pas
A part quelques
exceptions, qui semblent devoir être mise sur le compte d’une lecture erronée
des fiches, l'ordre alphabétique a été fait à partir des mots déjà transcrits
et non pas de l'orthographe de Molina.
Le Y et le I sont
écrit de la même manière et cette lettre vient après le H. On ne peut donc dire
s’ils suivent l’usage de Molina qui place le Y après le J dans la première
partie et après le H dans la seconde et avant le I.. En ne distinguant pas
entre le Y et le I ils se conforment à l’usage de Molina dans la première
partie de son dictionnaire, qui se distingue de la seconde où pour les entrées
en nahuatl Molina distingue sans ambiguïté entre ces deux lettres.
L’évolution de
l’écriture du nahuatl se perçoit dans ce dictionnaire, on peut observer
quelques changements, qui sans être tout à fait systématiques sont cependant
très répandus.
Changement de y
en i : Molina : nite, yçauia ; Bnf_361 niteizauia
Changement de ç
en z : Molina : nite, yçauia ; Bnf_361 niteizauia
Changement de ll
en y : Bnf_361 Tlayotia, nite alors que dans Molina 1 et 2
ils est systématiquement écrit tlallotia. Ou encore tlayi pour tlalli.
Ce phénomène s’observe 30 fois dont plus de la moitié des cas sont des mots qui
commencent par tla-, de la forme tla-y-, soit tlall-…..
Ce traitement bien que fréquent n’est cependant pas systématique.
Le changement de qua-
en cua- , tel qu’on l’écrit aujourd’hui, est présent dans 5% des cas.
On a l’impression
que les auteurs du Bnf_361 prennent le contre-pied de ce qu’écrit Molina dans
son introduction, dans son quatrième Aviso, où il explique pourquoi il sépare
les préfixes des radicaux verbaux ou substances des verbes, mais où il indique
que tout se prononce ensemble. Dans le Bnf_361 ce ne sont pas tant les
préfixes, sinon tous les mots d’une expression complexe qui ont l’air de devoir
se prononcer d’un seul tenant !
|
Bnf_361 |
Amoniuecauani auelcecexiuhtica
ynniquintlacatilitiuhnopil huan |
Parir la muger â menudo |
19 B |
|
Molina |
amo ni, vecauani auel cecexiuhtica yn niquintla
catilitiuh nopilhuan |
parir la muger amenudo. |
92v |
|
Bnf_361 |
Niccauaynnotequiuh |
Alzar de obra |
|
|
Molina |
niccaua yn notequiuh |
alçar de obra. |
8r |
Cependant le
phénomène inverse peut s’observer :
|
Bnf_361 |
Zan nocompiqui yn nicchiua |
Alzar de obra |
855 B |
|
Molina |
çannocompiqui ynnicchiua |
alçar de obra. |
16v |
La tendance à
l’agglutination paraît surtout forte en début de dictionnaire et semble liée à
la manière d’écrire des copistes et sans doute aussi à la connaissance que chacun
d’eux pouvait éventuellement avoir du nahuatl.
Retourner un
dictionnaire peut sembler un travail mécanique que n'importe qui pourrait
faire. Ainsi n'est-il pas inutile de se poser la question de la connaissance
des auteurs, et tout particulièrement des copistes, en nahuatl. Savaient-ils ce
qu'ils faisaient quand ils recopiaient Molina ou bien n'avaient-il aucune ou
bien une vague connaissance du nahuatl ?
La révision
complète du dictionnaire, faite pour en supprimer, autant que faire se peut,
les erreurs de transcription, m’a donné l’impression d’une assez grande
diversité en
Le fait de couper
les expressions complexes et d’attribuer aux parties la traduction du tout,
laisse supposer que les auteurs ne dominaient pas cette langue et on peut a
priori douter de leurs connaissances car ils introduisent comme entrées
principales ce que Molina note expressément comme le prétérit des verbes qu’il
cite précédemment :
Ainsi trouve-t-on
dans le Bnf_361 :
Otlanaliuhta. Aclarar el tiempo (
Aclarar el tiempo. yetlachipaua.
yetlachipauatima_ni. tlayeccanti. yetlaqualcanti. tlachipaua. tlaneci
tlanaliui. vellamani. tlacalani. Pr[e]terito: otlanali-uhta;
otlacalanta; otlaneztimoman; otlachipauac otlaztayac; yn ylhuicac; i; a;
aclarado o ase serenado el tiempo, despues de auer passado el aguacero (3r)
Quelques exemples
portent à penser que certains des auteurs du Bnf_361 avaient une certaine idée
des modifications phonologiques:
On s'en rend
compte aussi quand ils rétablissent les voyelles initiales qui tombent après un
"a" ou un "o". :
|
Bnf_361 |
ninixtlaua |
Pagar deuda. |
|
|
Molina |
nino, xtlaua |
pagar deuda. |
91v |
Mais il ne s’agit
pas là d’un traitement systématique, loin de là, ainsi :
|
Bnf_361 |
Xtlacalaua, nino |
Deslizar óresbalar |
|
|
Molina |
nino, xtlacalaua |
deslizar o resbalar. |
41v |
Certaines
corrections orthographiques permettent aussi déduire une bonne
connaissance :
Chez Molina on
trouve :
Mancebo pequeño.
telpuchtontli. tlepocaton ce qui est
une erreur du typographe car l’édition de 1555 comporte bien telpocaton
au lieu de tlepocaton.
Là les auteurs du Bnf_361 écrivent la forme correcte et l’auteur de cette correction n’a
pu, dans cet exemple, compter que sur sa connaissance personnelle du nahuatl.
Il y a d’autres cas
de corrections mais on peut avoir un doute quant au facteur l’ayant permis. En
effet le trait commun aux exemples suivants c’est que les auteurs des
corrections ont pu trouver la forme correcte dans la deuxième partie,
nahuatl-espagnol, du dictionnaire de Molina. Dans ce cas il n’est donc pas
possible de savoir si la correction vient de leur connaissance personnelle de
la langue ou bien simplement de leur lecture de la seconde partie du
dictionnaire de Molina !
Les auteurs ont trouvé
dans Molina l’entrée :
Pour Que
aprouecha esto? tleçannnen?. (100r)
Ils l’écrivent
correctement : tleçannen?.en supprimant un “n”. Mais peut-être se
sont-ils aidés de la deuxième partie du Molina où le mot est correctement écrit
?
De même
Molina 1 : Ympotencia assi. totomiquil[i]ztli.
tzimmiquiliztli. tlamictiliztli
Le Bnf_361 rétabli correctement le [i]
qui manque, mais là encore les auteurs ont pu s’inspirer de la version correcte
qui figure dans la deuxième partie du dictionnaire.
Dans sa première
partie Molina donne l’entrée suivante :
Ystoria delos
tiempos antiguos. yeuetlatolli. yeue_cauh tlatolli
où l’écriture de du
mot huehuetlatolli est erronée. Il est écrit yeuetlatolli au lieu
de ueuetlatolli comme il figure dans l’édition de 1555. Or les auteurs du Bnf_361 rétablissent la graphie
correcte : veuetlatolli. Mais là encore on peut se demander si
c’est par connaissance du nahuatl ou bien si c’est la consultation de la seconde
partie du Molina qui a permis d’effectuer ce rétablissement. En effet ce mot
figure dans la deuxième partie du Molina écrit Veuetlatolli :
historia antigua, o dichos de viejos.
Il peut cependant arriver que l’on doute
que celui qui était en train de copier savait ce qu’il faisait.
Ainsi dans le
dictionnaire de Molina on trouve :
Pegar enfermedad
contagiosa. nite, maua. tetech-Pniccaua yn nococoliz (94r)
là le P est
évidemment une erreur du typographe on devrait avoir, comme le confirme l’édition
de 1555 (p. 192) :
tetech
niccaua yn nococoliz
Or le Bnf_361
reprend cette erreur et écrit : Tetechpuiccauain no cocoliz (550 B)
Par certain côté on
a donc l’impression que les auteurs du Bnf_361 avaient
une idée assez précise de ce qu’ils étaient en train de copier et parfois on a
l’impression inverse. Ceci est simplement du à la multiplicité des auteurs lors
de la première étape de mise en fiche et peut-être lors de la seconde de copie.
(A partir des exemples relevés il n’est pas possible de dire si les corrections
ont été faites seulement lors de la première étape ou bien si les participants
à la seconde sont aussi intervenus).
Certains des auteurs
étaient suffisamment compétents en nahuatl pour effectuer des corrections
tandis que d’autres n’avaient pas les connaissances nécessaires et laissaient
passer des erreurs manifestes sans intervenir.
L’espagnol du
Bnf_361 se distingue de celui de Molina par deux aspects. D’une part sa graphie
est beaucoup plus proche de l’espagnol actuel que ne peut l’être celle de
Molina. Ainsi alors que le franciscain écrit encore « assi » les
auteurs du Bnf_361 ne l’écrivent plus qu’avec un seul « s », comme
aujourd’hui.
Mais surtout le
fait de « retourner » le dictionnaire a donné l’occasion à nos
auteurs de réunir tous les sens d’un même mot, qui dans le dictionnaire de
Molina sont dispersés.
Ainsi le verbe cualancuitia,
nite apparaît en trois endroits chez Molina : comme traduction de
« enojar a otro. », « prouocar a yra. » et « molestar
dando mucho enojo. ». Dans le Bnf_361 on trouve :
Cualancuitia,
nite. : Provocar a
ira ; enojar a otro ; molestar dando mucho enojo.
Une autre vertu
du Bnf_361 c’est le fait qu’il donne toujours une traduction complète et donc
immédiatement intelligible là où Molina, très souvent, fait référence aux
lignes précédentes de son dictionnaire.
Molina :
Acompañar ala
nouia el pariente o deudo della. ni_te, ciuamoncaua
Acompañador assi.
teciuamoncauhqui
Acompañadores
desta manera. teciuamoncauh-que
Acompañamiento
tal. teciuamoncaualiztli
Bnf_361
Teciuamoncauhqui. : Acompañador asi de la Novia.
Teciuamoncauhque. : Acompañadores de esta manera de
la Novia.
Teciuamoncaualiztli. : Acompañamiento tal de la novia.
Pour permettre
son intégration dans le GDN (Grand Dictionnaire du Nahuatl) le Bnf_361 a du
subir quelques traitements, tout en conservant évidemment la paléographie
originelle.
1) Du fait de sa
relation particulière avec la première partie du dictionnaire de Molina les
entrées nahuatl du Bnf_361 ont été systématiquement confrontées
informatiquement avec celles du Molina 1. Cette confrontation réalisée après la
première version de la paléographie a permis de voir que dans plus de 80% des
cas les mots avaient été copiés correctement par tous les copistes (que ce soit
ceux du XVIII ou d’aujourd’hui). Les 20% restant représentant les erreurs de
copies faites par les copistes d’hier ou d’aujourd’hui. Lors de la phase de
correction les erreurs actuelles ont été simplement supprimées et celles des
copistes anciens ont été corrigées par comparaison avec la version originelle
du Molina 1. Dans ce dernier cas les modifications ont été indiquées par des
crochets.
2) A partir de la
paléographie corrigée une orthographe normalisée a été réalisée en employant
les règles de normalisation qui ont été dégagées lors de la réalisation des
Molina 1 et 2
[14]
.
3) Traitement des
préfixes
D’une manière
générale, les préfixes sujets et objets ont été séparés des entrées verbales,
de manière à ne conserver que le verbe a la première personne du singulier.
Ceci était simple lorsque les préfixes avaient été placés après le verbe :
tlalia, nic. Lorsque le préfixe est avant et accolé : nictlalia
alors ces cas ont été traités de manière automatique en séparant le préfixe nic-
et en cherchant dans le Molina 1 que la racine verbale restante existe bien.
Le traitement des
préfixes a permis d’indiquer la transitivité des verbes, qui peuvent être
intransitif (v.i), transitif (v.t.), réfléchi (v.r.), ou bi-transitif (v.bi.).
4) L’espagnol a
été modernisé en utilisant les règles qui ont été élaborées pour les Molina 1
et 2.
Traducción:
Carmen Herrera (DL-INAH)
El Fondo mexicano
de manuscritos orientales de
Este importante documento fue paleografiado porque inicialmente se esperaba
encontrar novedades lexicales. Sin embargo, desde el principio se pudo ver
que ante todo se trataba de un trabajo de compilación hecho a partir del diccionario
de Molina, aunque indicios nos permitían creer que los autores del diccionario
habrían añadido algunas palabras.
[16]
Desgraciadamente había que hacer el trabajo para estar seguros, y una vez
que estuvo terminado se pudo afirmar que el contenido del Bnf_361 es estrictamente
idéntico a la primera parte del diccionario de Molina,
[17]
es decir, a la parte « en lengua castellana y mexicana »,
o español – náhuatl. El contenido es idéntico, pero la presentación es totalmente
diferente, ya que los autores decidieron transformar el diccionario español
– náhuatl en uno náhuatl – español.
La parte español – náhuatl de Molina tiene 17,441 entradas del tipo :
Español_1 :
Náhuatl_1, Náhuatl_2, Náhuatl_3…..
Los autores del
Bnf_361 transformaron la entrada así :
Náhuatl_1 :
Español_1
Náhuatl_2 :
Español_1
Náhuatl_3 :
Español_1
……
Luego de esta inversión, los autores del Bnf_361 debieron
obtener poco más de 36,000 entradas, pero eligieron reunir las que eran
idénticas, por lo que se redujo a 29,000 el número total de sus entradas.
Aunque no se tienen pruebas fehacientes, parece probable
que el trabajo de invertir la información de cada entrada del diccionario
de Molina y su copia se realizó en dos etapas. La primera, sin duda, debió
hacerse con la ayuda de fichas clasificadas alfabéticamente, cuyo contenido
luego fue vuelto a copiar en el documento que ahora conocemos. En este estado
se aprecian caligrafías distintas, por lo que se puede imaginar que la segunda
etapa fue realizada por varias personas.
[18]
En cuanto a la primera fase, no es posible saber si es
la obra de tan sólo quien tuvo la idea de realizar este diccionario náhuatl
– español, o si contó con la contribución de otras manos. Ésta es la razón
por la que todos quienes participaron en esta obra se designan con la expresión,
« los autores ».
Según se desprende
de ciertos indicios, los autores del Bnf_361 utilizaron la versión español
– náhuatl de 1571 y no la de 1555
[19]
. Así, traducen
Quando no ay nada o quando falta todo. ynatley. yn aoctle. y_niquac atley
Quanto mas. queno_que. quenocye
Que cosa? tleyn?
Que; Conjunction. ca
Que; Aduerbio de comparatiuo. quenin occenca. quenin ocualca. yeic
Que, para dar causa. ca. yehica
Que aprouecha esto? tleçannnen?
Quebrar o quebrantar como ollas, vasos, tablas o piedras. nitla, tlapana.
nitla, teinia
mientras que en la de 1555 no aparecen más que :
Que cosa? tlein?
Que; Conjunction. ca
Que; Aduerbio de comparatiuo. quenin occenca. quenin ocualca. yeic
Que, para dar causa. ca. yehica
Quebrar o quebrantar como ollas, vasos, tablas o piedras. nitla, tlapana.
nitla, teinia
Las palabras nahuas que están subrayadas, efectivamente están en el Bnf_361.
El Bnf_361 representa un eslabón faltante en la cadena que une al
diccionario de Molina con el de Rémi Siméon. Aunque no hay nada que indique que
éste último haya conocido el manuscrito de
El diccionario
tiene una cubierta de pergamino con la etiqueta :
Manuscrito
Un volumen in-folio
cosido en pergamino
862 páginas
Diccionario náhuatl-español
N° 361
Las páginas miden 31cm x 21.2 cm ; están numeradas con lápiz en la esquina
superior izquierda por el recto, y en la esquina superior derecha por el verso.
Excepcionalmente se dejaron espacios en blanco en medio
de una columna
[20]
. Puede haber hojas en blanco intercaladas
[21]
.
Las columnas se prepararon con simples trazos marcados en lo grueso del papel,
como con dobleces
[22]
, o bien con líneas dibujadas a lápiz
[23]
.
El diccionario propiamente dicho se acaba en la página 860, con la entrada
« Zumalli : coraje ». Siguen luego 118 folios, 236 páginas
en blanco, preparadas en dos columnas con un pequeño espacio en medio, al
igual que el resto del documento. Como si hubiera estado prevista la copia
de otro documento
[24]
.
En las últimas
fojas, que no tienen escritura, se pueden distinguir claramente las marcas
de agua
[25]
. Éstas son de dos tipos : un caballero con un rejón
en la mano, montando a caballo, o un toro reconocible por sus cuernos. María
Cristina Sánchez Bueno de Bonfil escribe :
"El rejoneador y el toro muestran la alegría y la libertad con
que se escogían los diseños al final del siglo XVIII. Al usarse el pliego
de 32 x 44 se doblaba a la mitad, quedando el toro en un folio y el picador
o matador en el otro. Las fechas de estas marcas son de 1778-1794."
[26]
En el cuerpo del
diccionario son claramente visibles otras filigranas, pero no han podido ser
identificadas. No obstante, la estructura del papel, visible por transparencia,
es idéntica de principio a fin del diccionario, lo que permite proponer como su
fecha de realización las postrimerías del siglo XVIII, hacia 1780.
El proyecto de
los autores del Bnf_ 361 es simple : transformar el diccionario de Molina
español – náhuatl en un diccionario náhuatl – español. El principio elemental
consiste en transformar :
A = x, y, z
en
x = A
y = A
z = A
Para poner en
marcha este principio debieron tomar algunas decisiones importantes para
obtener el resultado final : el tratamiento de los prefijos verbales y
nominales, el orden alfabético y la elección de las grafías.
Los autores del Bnf_361 encontraron en
Molina 1 entradas del siguiente tipo para los verbos :
Há[m]bre auer o tener hambre de qualquier
cosa. nic, mayana. nic, amiqui. nicteociui
Se puede ver que los prefijos sujeto
y objeto se ponen antes que el verbo, separados del radical verbal por una coma
o, en ocasiones, pegados a él.
En más del 90% de los casos,
los autores del Bnf_361 adoptaron la solución : radical verbal seguido
de coma y prefijos. Emplearon la misma solución que había tomado Molina en
la parte náhuatl – español de su diccionario
[27]
.
Sin embargo, en el porcentaje
restante, y sin que sea posible comprender lo que motivó tal decisión, se
dejaron los prefijos a principio de palabra, uniéndolos al radical verbal. Así,
mientras que Molina escribe : ni, mayana, el Bnf_361 escribe nimayana ;
o bien niteizauia, y en Molina se lee nite, yçauia.
En su
diccionario, Molina introdujo algunas traducciones al náhuatl con la forma
poseída del nombre. A una forma no poseída en español corresponde entonces la
forma poseída en náhuatl. Esto sucede particularmente en las palabras relativas
a las partes del cuerpo. Así, se lee la palabra « cabeça » y en
En la mayor parte
de los casos, la entrada náhuatl es de una sola palabra. Esto no representa
mayor dificultad para ordenarlas y más aún después de haber puesto los prefijos
sujeto y objeto después del radical verbal. No obstante, en algunos casos los
autores del Bnf_361 debieron tratar con frases complejas, para las que se
observan diversas soluciones.
A veces, los
autores del Bnf_361 eligieron como entrada sólo la primera palabra, el verbo,
aunque mantuvieron la traducción completa en español.
|
Bnf_361 |
Nictetlazocamaca. |
Tasadamente y con gran miseria y escaces dar algo al huerfano ô al criado. |
338 B |
|
|
|
|
|
|
Molina |
nictetlaço-camaca ynneuhcayotl incochcayotl |
Tasadamente y con gran miseria y escaseza dar algo al huerfano o alcriado. |
112r |
En otras
ocasiones, su elección no tiene ni proporciona sentido alguno :
|
Bnf_361 |
ontzontli. |
Milla. |
376 B |
|
Molina |
ontzontli ypam matlacpoualli neicxianaliz_tli |
milla. |
85r |
En otras más,
descomponen la frase y la introducen en más de una entrada :
|
Bnf_361 |
Quallachiualiztli. |
Acompañar con buenas obras la fé |
412 B |
|
Bnf_361 |
Nictoctia notlaneltoquiliz |
Acompañar con buenas obras la fee |
339 B |
|
Molina |
quallachiua_liztli nictoctia yn notlaneltoquiliz |
acompañar con buenas obras la fee. |
3v |
|
Bnf_361 |
Nimitznomachitia, atiuitztzo, atauayo ypan
nimitznomachtia |
Encomendar su necesidad al mayor |
|
|
Bnf_361 |
Nictlatlacaauiloa_ymmoyollo[tzin] |
Encomendar su necesidad al mayor |
336 B |
|
Molina |
nictlatlacaauiloa ymmoyollotzin ac nimitznomachitia,
atiuitztzo, atauayo ypan ni-mitznomachitia |
Encomendar su necesidad al mayor, Per metaphoram; dizen |
52v |
El resultado de estos tratamientos es que no modifican la traducción, la recuperan
en su totalidad, a pesar de que la entrada elegida no corresponde mas que
parcialmente a la traducción proporcionada. Quizás en esto se deba ver la señal
de una competencia limitada del náhuatl.
Fuera de algunas excepciones, que parecen deberse a una lectura errónea de
las fichas, se siguió el orden alfabético a partir de las palabras ya
transcritas, y no a partir de la ortografía de Molina.
La « I » y la « Y » se escribieron con la misma letra,
y ésta se puso luego de la « H ». No se puede decir entonces si
siguen el uso de Molina, que pone la « Y » después de la
« J » en la primera parte, y después de la « H » en la
segunda, antes de la « I ». Al no distinguir entre la « Y »
y la « I », el Bnf_361 se ajusta al uso de Molina en la primera parte
de su diccionario, que se distingue de la segunda, porque ahí Molina emplea sin
ambigüedad las dos letras en las entradas en náhuatl.
En este
diccionario se percibe la evolución de la escritura del náhuatl. Se pueden
observar algunos cambios que, sin ser del todo sistemáticos, tuvieron amplia
difusión.
Cambio de y
en i : Molina : nite, yçauia ; Bnf_361 niteizauia
Cambio de ç
en z : Molina : nite, yçauia ; Bnf_361 niteizauia
Cambio de ll
en y : Bnf_361 Tlayotia, nite mientras que en Molina 1 y 2
sistemáticamente se escribe tlallotia. O también, tlayi por tlalli.
Este fenómeno se ve en 30 casos, de los cuales más de la mitad son palabras que
empiezan por tla-, con la secuencia tla-y-, o tlall-…..
Aunque estos cambios son muy frecuentes, no son sistemáticos.
El cambio de qua-
en cua- , tal como se escribe ahora, se presenta en el 5% de los casos.
Se tiene la
impresión de que los autores del Bnf_361 adoptaron la actitud contraria a lo
escrito por Molina en el cuarto Aviso de su introducción, donde explica por qué
separa los prefijos de los radicales verbales o sustancias de los verbos,
advirtiendo que a pesar de la división « todo se ha de pronunciar
junto ». En el Bnf_361 no son tanto los prefijos, como todas las palabras
de una expresión compleja las que al parecer deben pronunciarse como una sola
pieza !
|
Bnf_361 |
Amoniuecauani auelcecexiuhtica
ynniquintlacatilitiuhnopil huan |
Parir la muger â menudo |
19 B |
|
Molina |
amo ni, vecauani auel cecexiuhtica yn niquintla
catilitiuh nopilhuan |
parir la muger amenudo. |
92v |
|
Bnf_361 |